21 février 2010

Le voyage immobile

Soudain, des hurlements, des cris de joie, des youyous de femmes, des klaxons de moto, des pétards. La foule sort dans les rues de toute part, s’interpelle, se félicite, se rassemble sur les places. Soudain, c’est la liesse ! Agadez est champion de lutte traditionnelle pour la 2ème année consécutive après 30 ans de défaites. L’épée du trophée va pouvoir rester accrochée dans la grande mosquée et les marabouts vont continuer à la bénir, pour l’année prochaine. C’est la fête !

Plus tard, nous nous rendons chez Awad, un célèbre artiste touareg, peintre, poète, musicien. Il habite dans une grande maison agencée en une succession de cours et de recoins qui constituent autant de petits musées, de salles d’exposition. Il fait nuit. Dans la plus grande cour, une centaine de Touaregs sont assis autour d’un feu et de quelques « lampes à pétrole » électriques. Portant leurs plus beaux vêtements, leurs plus beaux turbans, seuls les yeux apparaissent, leurs épées dépassent, leurs téléphones portables vibrent par moment. Awad profite du retour de la paix, et de son séjour à Agadez, pour organiser des joutes poétiques. Sa femme, une ethnologue française, enregistre la soirée. Matériels vidéo, projecteurs discrets mais bien orientés, table de mixage. Appelés par le maître de cérémonie, les poètes s’installent au centre du cercle, chacun à leur tour, déclament, de mémoires, leur œuvre, sous les youyous de l’assistance, parfois accompagnés de la mélodie discrète de l’imzad, violon à une corde, que seules les femmes ont le droit de faire vibrer. Mélange de traditions et de modernité, la technologie au service de l’avenir.

180Pendant quelques secondes, un sourd vrombissement remplit la nuit. Avec plus de 4h de retard, l’avion décolle enfin. Il emmène Stepen et Ptiluc. Ils reviendront dans 9 mois, à la prochaine saison fraiche. A l’embarquement, l’ambiance était très « chute de Saïgon ». En effet, voici 3 ans que les avions ne se posent plus à Agadez, du fait de la rébellion Touareg, ni les vols nationaux, ni les vols internationaux. Avec la fin des combats, Point Afrique a décidé d’affréter 4 avions cette année. Celui d’aujourd’hui était le 3ème. Un gros Boeing 737. Une dizaine de passagers en sont descendus. 47 sont montés, essentiellement des blancs, des touristes, des journalistes, quelques résidants, dans une pagaille de bagages. Les Touaregs leur disaient au revoir derrière la vitre de la salle d’attente. Puis l’avion est resté sur le tarmac, attendant la nuit. 45°c, il faisait trop chaud pour décoller. Dans une semaine, ça sera le dernier vol avant novembre prochain. Ceux qui n’en profiteront pas resteront à Agadez, pendant toute la saison chaude.

Quant à moi, me voici seul pour les prochaines étapes, sans mon mentor.

Il est temps de repartir !

Posté par LoinAilleurs à 10:41 - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le voyage immobile

    Toi et plein de sable...

    Salut Yannick,
    Y a d autres endroits ou passer ses vacances. Regarde moi, je suis a Koh Samui, dans le sud centre de la Thailande. Bon y a aussi des coups d'etats (y en a un programme vendredi) et c vrai que comme chez toi ca va pas changer gd chose. Mais quand mm, il y fait surement meilleur y passer ses vacances.
    Bon si jamais t as besoin d un CFM pour revoir tes tables d allocs 'budget passage de frontiere', fait moi signe.
    T es le meilleur mais fait gaffe qd meme
    A+
    Antoine

    Posté par Antoine, 22 février 2010 à 11:42 | | Répondre
  • Merci à toi...

    Je vais par tes mots comme par le monde.
    Ton regard est une place ensoleillée.
    La route est belle aux voyageurs étonnés.

    Posté par Anne, 03 mars 2010 à 09:09 | | Répondre
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